Chronique d'une réussite non annoncée...
Aperçu des coulisses : 27 mars 2007.
Mais qui donc eût cru que nous arriverions à bout de cet incroyable projet : monter cette illustre et fameuse pièce « Hôtel des deux mondes » d'Eric-Emmanuel Schmitt, auteur adoré et adulé par Madame Lewalle ! Pas nous en tout cas ! Mais voyez plutôt...
Dès les vacances de Noël, chaque membre de notre troupe, Après nous les mouches (tout autre nom n'aurait pu trouver la juste mesure de notre ego surdimensionné), se plongea dans une lecture acharnée et assidue de recueils de pièces afin d'en choisir une, digne de notre attention et à la hauteur de notre talent, lequel d'ailleurs nous jugions prêt à affronter l'ensemble du répertoire... Nous passâmes ainsi chacun et chacune cinq minutes de nos vacances à cette lecture ! Fiers et satisfaits de notre labeur plus que fructueux, nous nous réunîmes en cette fin de vacances afin de choisir l'œuvre que nous vous présenterions dans moins de trois mois... Le choix fut des plus cornéliens étant donné le nombre inimaginable de pièces proposées, analysées et critiquées dans leurs moindres détails... Une petite dizaine enfin, deux ou trois certainement ! Mais aucune d'entre elles ne put susciter notre intérêt difficile et satisfaire notre désir de perfection. Bref, une après-midi de perdue, mais comme dit le dicton : une de perdue, dix de retrouvées ! Nous n'étions que début janvier et, eu égard à notre talent -qui ne pouvait souffrir aucun doute- nous résolûmes de ne point hâter les choses...
Les semaines, inexorables, avançaient... plus vite que notre travail. Nos recherches acharnées prenaient de plus en plus l'apparence de folie furieuse : la moindre de nos pensées se tournait vers cette pièce, vers ce choix crucial qui déterminerait notre réussite future, nous en étions malgré tout toujours convaincus. Et enfin, deux semaines avant le congé de carnaval, nous trouvâmes LA pièce qu'il nous fallait... à voir ! Les répétitions commencées, certains jugèrent bon d'enfin signaler qu'ils n'aimaient pas du tout -mais alors là pas du tout- la pièce et qu'ils trouvaient fort dommage, et peut-être même dommageable, de se lancer dans un projet qui n'enchantait pas la majorité de notre troupe. Il leur fut donner raison et nous reprîmes nos recherches ! Notre quête de répertoire se transformait en apprentissage forcé et douloureux de la démocratie. Quel honneur fut le nôtre, quel courage nous eûmes et quelle troupe formidable nous formions ! Après tout, l'échéance était encore lointaine, et que représentent deux petites semaines de perdues, pour nous qui venions à peine de nous « retrouver », à côté de ce nouveau vent de motivation qui soufflait sur notre groupe ? Notre quête de la pièce parfaite, notre Saint Graal littéraire, prit fin par la révélation inespérée de cette œuvre à laquelle nous allions rendre hommage : « Hôtel des deux mondes ». Nous tâchâmes, le plus longtemps possible, de taire le nom de son célèbre auteur afin de ne pas gâcher la surprise et la joie certaine de notre cher professeur. Bref, après un tel avancement, nous décidâmes, d'un commun accord, de profiter de cette semaine de congé qui nous était offerte. Le théâtre attendrait bien ; nous avions mis près de deux mois à choisir notre pièce, quatre semaines seraient largement suffisantes pour la monter et en faire un chef-d'oeuvre inoubliable !
A la rentrée, il ne nous fut bientôt plus possible de compter les heures de travail fournies. Une fois les rôles distribués (tâche qui se révéla plus ardue que nous ne l'imaginions), nous nous vîmes trois à quatre fois par semaine pour travailler, en fin psychologues que nous étions du haut de nos 18 ans, à l'incarnation de nos personnages. Vu notre sens inné des responsabilités, de la ponctualité, vu notre concentration sans égale, tout le sérieux, la rigueur et l'endurance dont nous étions pourvus et la forte solidarité qui nous unissait tous, les uns aux autres, ces après-midis de répétition passèrent à grande vitesse dans une ambiance des plus amicale... Au fil des jours, curieusement, la tension monta. Nous avions beau tenter de nous persuader que l'échéance était encore bien loin, la fin de notre parcours approchait à grand pas ! Nous augmentâmes courageusement le nombre de répétitions et chacun sacrifia alors davantage de son précieux temps se consacrant ainsi corps et âme à ce merveilleux projet destiné à rester gravé longtemps dans les mémoires. Nous répétions, nous répétions. Cependant un petit détail avait échappé à notre esprit vif, attentif et perpétuellement à l'affût d'un quelconque service, d'un travail à effectuer, même dérisoire : nous n'avions toujours pas de décors ou quelques éclairages que ce soit, pas le plus petit début d'idée de costumes, ... Etait-ce finalement plus dur que nous ne l'avions imaginé ? Nous ne nous étions guère préoccupés du côté technique de notre représentation jusque-là mais, à une semaine du grand soir, nous jugeâmes être assez pressés par le temps que pour nous remettre en quête... mais de décors cette fois et plus d'une pièce, je vous rassure et vous prie de ne pas douter de notre bon sens ! Le mercredi, la veille de notre représentation, tout était arrangé grâce à nos parents artistes. Sauvés ! Remarquez que, cette fois, notre quête n'avait pas fait long feu ! Le jeudi arriva ainsi très vite et nous consacrâmes toute notre après-midi aux dernières mises au point : le montage complexe de nos nombreux décors, de nos lumières, la mise en place, délicate, de la bande sons, des différents effets mûrement réfléchis, ... Nous ne pûmes terminer notre premier filage. Très sereinement, très calmement, nous constatâmes que nous n'avions jamais joué notre pièce en entier, sans la moindre coupure... Mais bon, nous avions tant travaillé, nous nous étions tous tellement investis dans ce projet que rien ne pouvait arriver : la magie du théâtre allait opérer ! En outre, nous décidâmes d'accorder crédit à Andreï Makine lorsqu'il écrivit « qu'importe la salle, la scène et ce qui va se passer sur scène. L'essentiel c'est que quelque chose va se passer ». Car c'était un fait certain, il allait se passer quelque chose, et pour notre plus grand plaisir, ainsi que le vôtre, la soirée se passa à merveille ! Il y a bien une justice en ce bas monde... Sans pareille, jamais notre inégalable modestie ne s'était attendue à un tel résultat. Nous fûmes récompensés pour notre travail des plus exemplaire. Non contents d'être nominés dans presque toutes les catégories du concours Caprice, Alice Rodrique et Nicolas Bier, membres émérites de notre troupe, remportèrent respectivement le prix de la meilleure actrice et du meilleur acteur ; Emilie Steffens permit à notre troupe de s'illustrer davantage en raflant le prix de la meilleure mise en scène et enfin, apogée de cette somptueuse soirée, le prix de la meilleure pièce nous fut attribué !
Fin juin :
Je vous rassure, nous n'en avons pas attrapé la grosse tête pour autant (certains diront peut-être que c'était déjà le cas). Je tenais simplement à vous donner un aperçu de l'envers du décor, de ce qui se trouve derrière cette réussite finale, car non, ça ne fut pas facile tous les jours. Nous étions treize, treize personnalités bien différentes à concilier, à mettre d'accord ; il y eut de nombreuses tensions, des conflits et nous dûmes tous prendre sur nous et accepter des compromis. Cette expérience nous coûta énormément mais j'encourage vivement chacun à y participer car, sans compter le plaisir éprouvé lors de la représentation, nous avons appris à collaborer, à surmonter les difficultés, à tenir une échéance et à mener à terme un projet.
Pour nous avoir permis de monter sur scène, de vivre ce projet et d'incarner un mage farfelu, un président des plus prétentieux, une femme de ménage extravagante, un médecin et son étrange équipe ou un jeune couple d'amoureux, nous tenons à remercier Madame Lewalle qui prend chaque année, depuis 5 ans, l'extraordinaire initiative donnant ainsi à ses élèves une nouvelle occasion de se surpasser.
Anaëlle Impe, membre de la troupe « Après nous les mouches »
composée également de Alice Rodrique, Thaïs Sablon, Raphaël Jehotte,
Nicolas Bier, Adnane Zriekem, Emilie Steffens, Mehdi Dubois, Zohra Elmir,
Bic Mai Tran-Viet, Yannick Piquet, Jérôme Roland et Aurélien Doyen